La langue vivante et dans tous ses états

Langue vivante - Sculpture Michel Favre

Langue vivante” – 2006 – Bronze – Michel Favre, sculpteur.

On a tant à dire et interdire à son propos, mais sait-on seulement ce qu’est une langue et à quoi elle sert?

A-t-on vraiment conscience de tout ce que cet « Organe musculeux, mobile, généralement allongé, situé dans la cavité buccale » (dictionnaire TLF Trésor de la Langue Française) peut porter comme significations, comment et combien il a pu ou peut nous servir ou … nous desservir ?!
Effectivement, si on réfléchit un peu plus, il peut nous arriver d’avoir la langue chargée, non pas seulement à cause de la dernière soupe à l’oignon que l’on a engloutie mais aussi à cause des petites cruautés que l’on a bien envie de déverser sur le voisin qui n’arrête pas d’épier nos moindres gestes, et oui la mauvaise langue peut être Nous ! Il peut nous arriver aussi d’avoir la langue de bois ou même d’avaler sa langue, et là, c’est déjà plus grave mais comme vous le savez bien c’est pour se protéger qu’on le fait, et puis le silence obstiné, de temps à autre ça sert bien. La Tirer, par contre, n’est pas chose très jolie, mais ce n’est pas pour ça qu’on le fait, n’est-ce-pas ? Et c’est d’une grande utilité pour les enfants lorsqu’ils n’ont pas envie de s’étendre sur certains sujets ! Il y a certainement d’autres moyens pour s’exprimer que de tirer, avaler, charger, ou la tourner sept fois dans la bouche cette langue-là me direz vous… Eh oui, il suffit d’apprendre à remuer ce muscle d’une certaine façon en faisant vibrer les cordes vocales pour obtenir des sons ! Ces sons – techniquement, des phonèmes – ouverts, fermés, nasaux, gutturaux, mouillés, nous donne la parole ! et quand on a aussi des oreilles pour ouïr, nous offre l’écoute !

Dialogue enfant maman
“Tu sais que tu es bonne, maman !”

Maintenant que l’on a vu qu’on pouvait faire plein de trucs avec notre langue au sens propre comme au sens figuré, il serait dommage de s’arrêter là et de ne faire que répéter ce que tout le monde dit déjà et de la manière dont tout le monde le dit, non ? Il reste donc à l’apprivoiser et apprendre à la manier afin qu’elle serve au plus près nos besoins, nos désirs, et notre être comme il est. Mais être compris est une toute autre affaire. « Comme la corde qui lance d’elle-même la flèche qu’on y a ajustée » (JOUBERT, Pensées, t. 1, 1824, p. 148), notre langue saura-t-elle faire arriver les flèches là où on voulait qu’elles arrivent ?? Effectivement lorsque ma fille qui encore hier parlait l’italien dit « Ma maman est bonne », je pourrais me poser des questions, si je ne savais pas qu’en italien « La mia mamma è buona » signifie « Ma maman est gentille » et non “elle est bonne à consommer au souper ou, à regarder !” … De la même manière qu’il n’est pas évident de comprendre une personne qui ne maîtrise pas une langue, il ne l’est pas plus d’en comprendre une qui la parle parfaitement. Et c’est là qu’intervient toutes les dimensions personnelle, sociale, culturelle, qui accompagnent la langue et la parole.

Iil est du contexte de rappeler ici ce qu’entendait Ferdinand de Saussure*1 par langage, langue et parole. Mais préférons d’abord une petite histoire plutôt qu’une leçon de linguistique. Pour ceux qui préfèrent la précision, un petit résumé de ce qu’il définit comme étant la parole est présent en fin d’article.

langue nouée

Le Trio Linguistique : Lingo, Lola et Léon

L’histoire du langage, de la langue et de la parole

Il était une fois, dans un pays lointain appelé Linguistan, un village peuplé de mots parlants et de lettres dansantes. Au cœur de ce joyeux tumulte, deux personnages uniques se démarquaient : Lingo le Langage et Lola la Langue.

Lingo était un vrai boute-en-train, toujours en train de jongler avec les mots et de faire des blagues à tire-larigot. Il était l’âme du village, apportant avec lui une touche de folie et de créativité. Il pouvait transformer une simple conversation en un spectacle de mots virevoltants et de jeux de langage. Quand Lingo prenait la parole, les rires fusaient et les sourires se dessinaient sur tous les visages.

D’un autre côté, Lola était une figure plus solennelle, toujours vêtue de son habit traditionnel et portant fièrement les règles de la grammaire sur son épaule. Elle était la gardienne du village, s’assurant que les mots étaient correctement alignés et que la communication se faisait de manière claire et structurée. Lola était la fondation de Linguistan, apportant stabilité et ordre à travers sa connaissance des règles linguistiques.

Au fil du temps, Lingo et Lola se rendirent compte qu’ils étaient différents, mais complémentaires. Lingo était le souffle de vie qui insufflait de la joie et de l’expression dans les conversations, tandis que Lola était le pilier sur lequel reposait la compréhension mutuelle. Ils formèrent ainsi une équipe dynamique, donnant naissance à une communication vibrante et équilibrée.

Pourtant, quelque chose manquait dans cette histoire. Il manquait une étincelle d’unicité, une part de chaque individu qui ferait briller encore plus leur duo linguistique. C’est là qu’entra en scène Léon, un jeune habitant du village.

Léon représentait la Parole. Il était le lien entre le langage de Lingo et les règles de Lola. Chaque fois que Léon ouvrait la bouche, il ajoutait sa propre couleur et sa personnalité unique à la communication. Il adaptait les mots de Lingo selon les situations, utilisant des intonations, des gestes et des expressions pour ajouter une touche personnelle à la conversation.

Ensemble, Lingo, Lola et Léon formaient une équipe extraordinaire. Lingo faisait rire tout le monde avec ses jeux de mots farfelus, Lola apportait la structure et l’ordre nécessaires, et Léon donnait vie à leurs paroles en les rendant uniques et attachantes. Leur collaboration était la clé pour que les habitants de Linguistan se comprennent et se réjouissent de leurs échanges.

Et ainsi, dans ce village enchanté, les mots dansaient, les rires fusaient et les histoires se tissaient grâce à l’harmonie parfaite entre le langage de Lingo, la langue de Lola et la parole de Léon.

*1 Linguiste suisse, considéré comme le fondateur du structuralisme en linguistique et s’étant distingué aussi pour ses travaux sur les langues indo-européennes

La parole selon Ferdinand de Saussure

Ferdinand de Saussure
Source image *(2)

La parole est l’acte individuel et concret de s’exprimer verbalement. C’est l’utilisation spécifique et personnelle de la langue par un locuteur dans une situation de communication donnée. La parole est donc l’expression concrète et individuelle d’un individu, qui utilise la langue pour communiquer ses pensées, ses sentiments, ses idées ou ses intentions.

Il est important de noter que la parole est distincte de la langue elle-même. La langue est un système abstrait de règles et de conventions partagées par une communauté linguistique, tandis que la parole est l’utilisation concrète de cette langue par les individus. Ainsi, la parole représente l’aspect individuel et concret de la communication, tandis que la langue représente l’aspect systématique

La parole est caractérisée par plusieurs éléments distinctifs :

  1. L’énoncé : C’est l’unité fondamentale de la parole, correspondant à un acte de communication complet, tel qu’une phrase ou une déclaration. Chaque énoncé est unique et produit par un locuteur spécifique.
  2. Les choix linguistiques : Lorsqu’une personne utilise la langue pour s’exprimer, elle fait des choix spécifiques parmi les différentes possibilités offertes par la langue. Cela peut inclure le choix des mots, la syntaxe, le style, l’intonation, etc.
  3. Les variations individuelles : Chaque individu a sa propre manière de parler, avec des particularités d’accent, de rythme, de vocabulaire, etc. Ces variations individuelles contribuent à la personnalité et à l’identité de chaque locuteur.
  4. Le contexte de communication : La parole est influencée par le contexte dans lequel elle est utilisée. Le locuteur tient compte des destinataires, du lieu, du moment, des normes sociales, des attentes, etc., pour adapter son discours et communiquer efficacement.

*2 – Photographie de Ferdinand de Saussure aux environs de 1900 (Atelier photographique genevois Jullien – Bibliothèque de Genève, Archives A. & G. Zimmermann).

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