L’origine du langage humain a toujours suscité l’intérêt des penseurs. Dans le monde en générale, la plupart des hommes s’expriment actuellement dans une langue d’origine indo-européenne. Le plus grand nombre des langues utilisées depuis l’Angleterre jusqu’au Portugal sans oublier les pays scandinaves sont d’origine anatolienne (Anatolie, ancienne Turquie), également appelée le langage Proto-indo-européen.

Les différentes recherches effectuées par les linguistes montrent que près de trois milliards de personnes emploient des langues dérivées d’un même langage qui aurait été celui de quelques nomades. Pour les spécialistes, cette/ces tribu()s a/ont pu répandre cette langue au cours de leurs aventures notamment grâce à leur maitrise des chevaux, de l’agriculture et des manœuvres militaires. Leur langue se serait donc répandue en même temps que ces pratiques.

Quelles que soient les interrogations ou distensions existantes autour de cette langue originelle, les spécialistes s’entendant sur le fait que près de la moitié des langues parlées à travers le monde aujourd’hui en découlent.

De nos jours, deux hypothèses s’affrontent en ce qui concerne le lieu exact de naissance de l’Indo-européen encore nommé ‘’Aryens’’. La première hypothèse soutient que la steppe pontique qui regroupe la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan, serait le lieu de création de cette langue. Selon cette théorie qui est d’ailleurs la plus répandue, les Indo-européens auraient vu le jour il y a plus de 6000 ans déjà. Quant à la seconde théorie, celle-ci situe le développement des Proto-indo-européens à l’Anatolie qui est l’actuel territoire de la Turquie. Pour corroborer cette dernière deuxième théorie, des chercheurs de l’Université d’Auckland situé dans la Nouvelle-Zélande affirment que le Proto-indo-européen aurait des racines plus vieilles datant entre 8000 et 9500 ans avant la génération nouvelle.

Les travaux du biologiste de l’évolution Quentin Atkinson apparus au journal ‘’Science’’sur le site Business Insider, ont permis le montage de la vidéo d’une carte regroupant l’ensemble des éléments démonstratifs nécessaires. Cette vidéo montre d’une part l’impact du Proto-indo-européen conformément à l’interprétation historique des spécialistes et d’autre part, explique comment la doctrine indo-européenne s’est répandue de par le monde avant que plusieurs langues ne fassent surface aujourd’hui.

Monogenèse et polygénèse

Théorie de la monogenèse : Toutes les langues descendent d’une même langue mère, leur différentiation se faisant au cours du temps.

Théorie de la polygenèse : Les foyers d’origine des langues actuelles sont multiples au niveau des populations et de la géographie.

L’énigme de l’origine des langues a sans cesse fait se confronter plusieurs doctrines et occasionner la collaboration de disciplines telles que l’anthropologie, l’archéologie, la génétique, la linguistique et bien d’autres. L’hypothèse d’une langue originelle unique est ancienne. Déjà au moyen âge, on y croyait. C’est la rage de Dieu suite suite à l’histoire de la tour de Babel qui provoqua le changement. C’était l’hébreu ou même le latin ou encore le grec pour certains qu’on avait longtemps reconnu comme étant la langue d’Adam et Ève. Pour les musulmans, c’était l’arabe la langue mère. La persistance des travaux de certains linguistes soutenus par des spécialistes de la génétique des peuples, démontrant une source commune aux langues (la monogenèse), vient réalimenter le débat. En vue de démontrer le lien entre toutes les langues du monde, la technique de Ruhlen*(1) consistait à confronter les lexiques de référence de plusieurs langues sélectionnées parmi des familles adoptées par tous. C’est la méthode de « comparaison multilatérale » émise par le linguiste américain Joseph Greenberg.

Toutefois, si l’essor du langage reste encore difficile à comprendre pour la science et les linguistes, l’on reconnait l’existence du langage depuis 2,2 millions d’années dans le code génétique de l’Homo habilis. En effet, les compétences permettant à celui-ci de fabriquer des outils traduisent la complexité de son système nerveux. Cette capacité aurait été exploitée par l’homo erectus voire par l’homo sapiens sapiens. Ce n’est qu’entre 80 000 à 60 000 ans avant notre ère, que les langues dans leurs postures modernes seraient apparues en Afrique de l’Est ou dans le Proche-Orient. On pourrait supposer qu’avant cette période, des langues existaient déjà et qu’elles ont émergé pour donner lieu à d’autres langues grâce à dislocation des divers groupes d’hommes sapiens : on parle ici de la théorie de la polygenèse. Toutefois, la science et la linguistique comparée à travers leurs outils ne favorisent pas une explication approfondie.

Certes, en se référant aux linguistes américains Noam Chomsky, il est possible qu’auparavant, il y ait un langage unique, mais l’on n’en a aucune certitude. Quant à la théorie néo-darwinienne de l’évolution, plusieurs couples humains seraient à l’origine de l’humanité : c’est le polygénisme. Les transformations héréditaires s’installent dans une même espèce, ce qui permet la distorsion des espèces entre elles. Cependant, cette théorie demeure complexe. L’on convient ainsi que la problématique sur l’origine des langues demeure encore une énigme.

*(1) L’Américain Merritt Ruhlen, linguiste américain né en 1944 connu pour son travail sur la classification des langues. Il a publié « On the Origin of Languages: Studies in Linguistic Taxonomys » publié en 1994 puis en 1997 en France.

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La démarche de la linguistique historique

Le comparatisme est le procédé fondamental de la linguistique historique. Il consiste à faire ressortir dans les langues objet de la recherche des ressemblances grammaticales comme en français où l‘on trouve des similitudes en conjugaison ou en déclinaison. Ces similitudes peuvent être également d’ordre lexical en regroupant dans un même champ les mots qui se rapprochent d’une langue à une autre que ce soit en phonétique ou en sémantique. Une fois qu’il est remarqué que la concordance est absolument aguerri, on conclut que ces langues sont de la même famille, mais qui ont connu une progression distincte à partir d’une même langue antique. De ce fait, les mots qui se ressemblent dans ces langues sont désignés des cognats.

Ainsi c’est grâce aux recherches de Franz Bopp que le comparatisme a fait preuve de sa grande efficacité avec la détection de la race indo-européenne au XIXe siècle. Le travail a consisté à démontrer que de nombreuses catégories de langues sont issues d’une même lignée et celle-ci regroupe les langues indiennes dont le sanscrit et l’hindi, les langues iraniennes dont le persan, le kurde, l’ossète et autres, les langues romanes comprenant le latin et ses dérivés à savoir le français, l’espagnol, l’italien. Les langues germaniques notamment l’anglais, l’allemand et le danois, les langues salves tels que le russe, le polonais, le serbo-croate, les langues celtiques comme l’irlandais, le gallois, le gaulois, le breton ainsi que les langues beaucoup plus isolées comme le grec, l’arménien et l’albanais ont également été pris en compte dans ces travaux.

Carte des familles de langues indo-européennes
Carte « Familles des langues indo-européeennes »

 

Par ailleurs, lorsque les informations collectées sont suffisantes, ce procédé c’est-à-dire le comparatiste peut également conduire à reconstituer la protolangue qui est la langue ancestrale reliée à la lignée. Pour ce faire, il faut pouvoir trouver d’abord les principes qui ont encadré la progression de la phonétique au cours des temps avant la séparation des langues et qui par conséquent, ont donné naissance aux principes de correspondance phonétique utilisés pour confronter les langues.

Pour y parvenir, la tâche consistait à confronter dans un premier temps, les informations de civilisation recueillies dans les livres antiques (il s’agit de la « paléontologie linguistique ») et dans un second temps, les informations dérivées de l’archéologie et même de l’anthropologie physique.

Le problème de la complexité posé par l’interprétation des liens de similarités au sein des langues indo-européennes démontre que ce modèle historique demeure plus complexe qu’un simple arbre généalogique.

La problématique de l’origine des langues

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